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                L'HISTOIRE DU BAYCHIMO  

 

  Baychimo at Vancouver               

 

             Je voudrais vous raconter l'histoire  de mon grand-père, Harry Bolton, et de sa vie de marin.  Il a travaillé pendant de nombreuses années pour la Compagnie de la baie d'Hudson et il a habité pendant les premières années du siècle à Sunderland dans le nord-est de l'Angleterre.  Mais à cette époque-là, les bateaux à vapeur à destination de l'Arctique partaient une ou deux fois par an du port de Ardrossan dans le Ayrshire, qui était alors un port florissant.     

                    Pour éviter ce voyage assez fastidieux d'environ quatre cents kilomètres de Sunderland à Ardrossan, mon grand-père a décidé finalement, lorsque mon père n'avait que dix ans, de déménager à Ardrossan où la famille a habité dès lors une jolie villa jumelle, qui existe encore à moins de deux kilomètres de chez moi.      

                    L'activité de la Compagnie de la baie d'Hudson était de chasser les animaux de l'Arctique, les phoques, les ours blancs etc., pour leurs fourrures et leurs huiles.  Les marins qui les chassaient devaient être très forts et courageux pour supporter les conditions climatiques très sévères.  Les voyages étaient toujours dangereux et ne pouvaient être faits que pendant le court été arctique.  Pendant un tel voyage en 1925, mon grand-père faisait partie de l'équipage du Bayeskimo quand il a été bloqué par la glace et sa coque s'est brisée.  Tous à bord ont dû être recueillis par un autre bateau et brise-glace, le Nascopie.       

                        Un peu plus tard, mon grand-père est devenu ingénieur en chef d'un bateau de 1 300 tonnes, le Baychimo, qui a accompli sans problèmes neuf expéditions aux comptoirs de la Compagnie au Canada septentrionale.       

                        Pour son voyage suivant, il est parti comme toujours de Vancouver, en juillet 1931, en passant par le détroit de Béring, et puis à l'est pour gagner les petits comptoirs.  Au début, tout s'est bien passé.  Pendant son voyage de retour en octobre, pourtant, il a été bloqué par la glace sur le littoral dans le nord de l'Alaska, tout près du cap Barrow à environ trois kilomètres du continent.  Quand ils se sont rendu compte que le bateau risquait d'être brisé, les membres de l'équipage l'ont quitté et ont traversé la mer gelée à pied pour gagner le continent.  Ils y ont habité dans un logement temporaire, en vue du bateau, avec de la neige et la glace amoncelées sur les murs pour retenir autant de chaleur que possible.  Dans ce logement de fortune, le capitaine et seize hommes d'équipage, dont mon grand-père, se sont installés pour attendre l'évolution des conditions météorologiques pour pouvoir débloquer le Baychimo.  Pas question de l'abandonner alors qu'il contenait des fourrures d'une valeur d'un million de dollars dans sa cale!  Les vingt-deux autres membres de l'équipage, en réponse à un S.O.S., ont été secourus par un avion, une procédure laborieuse car l'avion ne pouvait en prendre à son bord que trois personnes pour  chaque vol de neuf cents kilomètres vers Nome dans l'ouest de l'Alaska.         

             Pour ceux qui restaient, le travail ne manquait pas.  Il fallait chercher du bois à brûler parce qu'ils ne voulaient pas utiliser le charbon du Baychimo, il fallait traverser la glace jusqu'au bateau tous les jours pour vérifier son état et même découper de la glace d'un lac gelé à cinq kilomètres de leur cabane pour avoir de l'eau potable parce que la glace qui les entourait partout ne l'était pas!         

                   Vers la fin du mois de novembre, un blizzard violent a obligé les hommes à rester à l'intérieur de leur cabane pendant trois journées entières, se serrant les uns contre les autres pour se tenir chaud auprès de leur bidon à essence converti en poêle.  Mais après, quand la tempête de neige a finalement pris fin, et qu'ils se sont sortis de la neige, on peut imaginer leur réaction en découvrant que le Baychimo avait complètement disparu.  Là, où il se trouvait trois jours plus tôt, il n'y avait que de très gros icebergs!       

                    Toutefois, il fallait que la vie continue pour les hommes laissés en rade dans leur petite cabane. Noël est arrivée, puis le Nouvel An.  Finalement, en février 1932, le capitaine et son équipage ont été délivrés de leur avant-poste solitaire.  On les a emmenés en avion jusqu'à Vancouver, d'où mon grand-père est revenu en train et en paquebot à son domicile à Ardrossan.  Sa grande aventure était enfin arrivée à sa fin.      

 

                Mais ce n'était certainement pas la fin de l'histoire.  Le Baychimo n'était pas encore battu.  La tempête qui l'avait emporté ne l'avait pas envoyé au fond de la mer.  En mars 1932, un homme voyageant en traîneau à chien l'a vu bien enfoncé dans une banquise.  Ce n'était pourtant que la première d'une série de témoignages.  En 1935 et encore en 1939, quelques membres d'équipage du voilier Trader sont montés à bord.  Ils ont découvert des instruments de navigation et des cartes marines, des ustensiles de cuisine dans la galère, des rideaux aux hublots et des livres à profusion, y compris The Times History of the Great War.  Une véritable Marie Celeste!   Des esquimaux et des capitaines des bateaux l'ont souvent vu pendant la Seconde guerre mondiale et on l'a vu pour la dernière fois en 1969, cette fois-çi pas très loin de l'endroit où il avait été abandonné tant d'années auparavant.  A ce moment-là, il était devenu vraiment «le bateau fantôme de l'Arctique»!  Quant à mon grand-père, depuis le jour de la disparition du bateau en novembre 1931, il ne l'avait jamais revu.      

                     Cela pourrait sembler presque incroyable qu'un bateau quel qu'il soit, avec un équipage de fantômes ou d'hommes, ait pu résister à la force inimaginable des banquises arctiques pendant plus de trois décennies, mais c'est précisément ce que le bateau a fait, et puisqu'en fait personne ne l'a vu couler, peut-être est-il toujours là ! . . . . . . . . . . . . . . . . .   

 

                      Cette histoire, bien sûr, est vraie et elle est corroborée par des coupures de presse et par une excellente collection de photographies qui m'ont été léguées par mon grand-père.   Ces photos montrent le naufrage du Bayeskimo et le sauvetage de son équipage, le départ du Baychimo de Ardrossan, l'embarquement des provisions aux comptoirs et les incidents dramatiques auprès du cap Barrow.      

                La plupart d'entre elles ont été prises par l'officier Fred W. Berchem, qui figure néanmoins dans quelques photos en tenue très élégante d'officier.  Habitant lui-même de Ardrossan, il m'a fourni tous les détails de la collection de photographies.

 

Alan C. Bolton,

Saltcoats, April 1996     (with corrections July 2009)    

 

  References: 

"Merchant Princes",  by Peter Newman.   Penguin.  ISBN 0-14-015820-0. 

"Phantom of the Arctic",  by Joan Biggar in  "The Scots Magazine", December 1979. 

"The Baychimo story recalled",  by Harry C. Bolton,  an article in  "The Ardrossan & Saltcoats Herald",   1954.