La privatisation partielle de France Telecom

by Cristophe Aguiton
Solidaires Unitaires Democratiques (SUD)
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Lundi 20 octobre, l'action France Telecom a ete cotee simultanement a la bourse de Paris et a celle de New York. Pres du quart du capital de France Telecom a ete mis en vente.

Il s'agit d'une etape importante dans le processus de privatisation auquel s'oppose le personnel depuis pres de 10 ans. France Telecom, comme beaucoup d'operateurs historiques, etait partie integrante de l'administration des PTT, la tres grande majorite du personnel avait le statut de fonctionnaire.

La lutte contre la privatisation a commence des que les projets gouvernementaux ont ete connus : en 1987 d'abord, puis de 1993 a aujourd'hui. Deux raisons principales sont a la base de l'opposition a la privatisation :
- la defense du statut du personnel, le statut de fonctionnaire ayant la garantie de l'emploi et donne un certain nombre de garanties aux agents face aux pressions de la hierarchie,
- la defense du service public ; cette notion est tres importante en France, le service public etant percu comme la garantie a la fois de l'egalite de tous face en terme de prestation et d'une certaine perequation sociale.

L'opposition aux projets de privatisation a pris la forme de greve tres majoritaire du personnel, des 1987, puis le 12 octobre 1993 (75% de grevistes, toutes categories de personnel confondues), le 30 mai 1995 (65% de grevistes) et d'autres dates ou a nouveau la majorite du personnel a ainsi exprime son opinion. Le personnel de France Telecom a ainsi massivement participe au mouvement de greve des services publics de novembre et decembre 1995.

Ces greves ont, a chaque fois, permis de faire reculer le gouvernement. Ces reculs s'expliquent en partie par la succession d'elections importantes qu'a connu la France ces dernieres annees, prisidentielles comme legislatives. A la veille de ces echeances, les gouvernements ne voulaient pas prendre le risque d'une greve prolongee qui se serait peut etre propagee des telecommunications a la Poste, voire a d'autres secteurs publics.

La situation a change apres 1995, la droite ayant gagne a la fois les presidentielles et les legislatives. Le gouvernement a engage une nouvelle fois au printemps 1996 un processus de privatisation partielle qui a abouti.

Pour en comprendre la raison, il est utile de connaitre la situation syndicale a France Telecom. Le mouvement syndical francais est pluraliste et eclate. Il existe de nombreux syndicats, le personnel des differentes entreprises elisant leurs representants sur listes syndicales un peu comme le font les citoyens sur le plan politique.

A France Telecom, il y a 5 syndicats importants.
Le premier est la CGT, avec 29% des voix aux dernieres elections professionnelles, la CGT est premiere confederation francaise, ayant une ligne de defense assez radicale des salaries, la CGT a participe aux greves de novembre et decembre 1995 et est tres oppose a la privatisation,
Le deuxieme est SUD, avec 27% des voix, une federation syndicale independante, nee en 1989 apres l'expulsion de la CFDT des militants de la gauche syndicale. SUD a ete tres en phase avec les mouvements sociaux recents (luttes contre le chomage, avec la manifestation europeenne a Amsterdam en juin 1997, soutien aux sans-papiers, etc.). SUD a participe aux greves de novembre et decembre 1995 et s'est oppose nettement a la privatisation.
Le troisieme est la CFDT, deuxieme confederation francaise, la CFDT a recueilli 17% des voix lors des dernieres elections a France Telecom. Syndicat plus modere, la CFDT etait (et est toujours) un des partenaires privilegie de la direction de France Telecom.
Le quatrieme est FO, 3eme confederation francaise, 14% des voix a France Telecom, FO a un positionnement intermediaire entre celui de la CFDT et ceux de SUD et CGT.
Le cinquieme est la CFTC, petit syndicat chretien qui a recueilli moins de 5% des voix aux elections.

En juin 1996, le gouvernement et la direction de France Telecom ont cherche un compromis avec une partie du mouvement syndical de l'entreprise. Le syndicat qui a accepte ce "deal" est FO, qui a negocie un accord qui permettait la privatisation partielle de France Telecom, la loi fixant un minimum de 51% de propriete etatique, les fonctionnaires restant fonctionnaires, l'essentiel des nouveaux embauches l'etant sous le statut prive. Une partie du personnel s'est demobilise, partage entre la satisfaction devant les garanties (de court et moyen terme) ainsi donnees et le decouragement devant le mouvement mondial de privatisation (en 1987 la majorite des societes de telecommunications etaient publiques, en 1996, France Telecom etait une des dernieres) et l'introduction de la concurrence dans toute l'Europe. La division syndicale introduite par FO (tous les syndicats avaient auparavant mobilise contre la privatisation) a accentue encore cette demobilisation. En juin 1996 seulement un tiers du personnel a fait greve et moins encore ont tente une greve reconductible, ce qui a permis au gouvernement de faire passer son projet de loi.

Le feuilleton a rebondi a l'occasion de la victoire surprise des partis de gauche en juin 1997. Le parti socialiste avait promis de revenir sur la privatisation partielle. La promesse a dure ce que durent les roses et le gouvernement a repris le processus de privatisation en septembre de cette annee. Le personnel l'ayant pas ete consulte, SUD a organise un referendum dans France Telecom, referendum auquel ont participe 50% du personnel, 80% des votant s'exprimant contre la privatisation. Le rapport de force n'a cependant pas ete suffisant pour s'opposer a cette reprise de la privatisation (le 30 septembre, environ 20% de grevistes a l'appel des seuls SUD et CGT).

Nous sommes a une nouvelle etape. Le maintien du statut de fonctionnaire et les 51% de capital public qui l'accompagne permet au personnel de concerver des atouts. Ils seront utiles lorsque la direction de l'entreprise ou un futur gouvernement chercherons a privatiser totalement France Telecom. Il nous faudra aussi defendre et developper le service public. La loi prevoit que les tarifs doivent rester identiques sur tout le territoire. Pour defendre cette egalite, obtenir que les nouveaux services (internet, mobiles, etc.) soient accessible a bas prix a toute la population, et surtout garder des prix les plus bas possibles pour ceux qui ont des petits moyens, il faudra une mobilisation commune des salaries et des usagers. C'est cette alliance que nous essayons de construire aujourd'hui.

Christophe Aguiton
Solidaires Unitaires Democratiques (SUD)
Paris, le 20 octobre 1997



Article Copyright © 1997, Cristophe Aguiton

Uploaded 4 November 1997


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