
Les albums de Tintin peuvent être classés sous quatre catégories différentes. Ceux qui étaient écrits sous les instructions de l'Abbé Wallez, ceux pour lesquels il a choisi le thème lui-même pour faire passer un message ou pour souligner des injustices( ce dernier étant la catégorie contenant le moindre d'albums) ceux qui étaient écrits quand son état mental s'empirait, et finalement ceux qui étaient des albums de divertissement sans aucune ou très peu d'allusion aux événements d'actualité. Cette dernière catégorie contenait le plus grand nombre d'albums.
Certes beaucoup de ses albums font des références aux évènements réelles. Néanmoins comme chaque auteur ou artiste a des influences extérieures qui dirigent son travail, il serait un peu naïf de notre part de croire qu'Hergé fait l'exception à cette règle.
Une chose pourtant est tout à fait incontestable. Un grand nombre d'albums de Tintin semble contenir beaucoup des messages qui pour la plupart sont visés aux enfants. Il y a suggère aussi que ce qui se trouve dans ces albums est d'une exactitude. Jouait Hergé un rôle présent dans la politique ? .
Dans son premier album, Hergé commence ainsi : " Le Petit Vingtième, toujours désireux de satisfaire ses lecteurs et de les tenir au courant de ce qui se passe à l'étranger, vient d'envoyer en Russie soviétique un de ses meilleurs reporters : TINTIN ! " Il y a une certaine vérité dans ces paroles, car si attirés par des beaux dessins et des histoires amusantes des albums de Tintin, on ne manque pas de passer des heures à les lires, sans y chercher autre chose que le divertissement, il n'en demeure pas moins que si on tentait de les lire avec plus d'attention, on y trouverait peut-être des choses qui ne sont pas aussi innocentes qu'ils apparaissent à première vue.
La situation dans laquelle Tintin au pays des Soviets, son premier album fût écrit, était déjà une bonne indication de ce que le lecteur allait trouver dans cet album. À l'époque, régnait à Bruxelles une vague d'anticommunisme très poussée. En outre le magazine dans lequel les planches de cet album devait paraître, était géré par Norbert Wallez, un abbé catholique pour lequel les Bolcheviques représentaient les antéchrists à qui il n'accordait aucune circonstance atténuante et qui selon lui menaceraient l'intégrité d'une Europe civilisée. Plus tard dans cet album de Tintin ceux-ci, ainsi qu' Hergé en conviendra lui-même dans une de ses réponses à Plon-Comodo le 16 janvier 1975, seraient présentés comme des athées. L'abbé Wallez choisirait donc ce sujet pour mettre les jeunes lecteurs du "XXe Siècle" au courant des méfaits du Bolchevisme d'une manière explicite et facile à comprendre. Hergé au moment d'écrire cet album, ne pouvait pas se rendre en Union soviétique, et n'avait à sa disposition que très peu de documentations. La référence principale qui fût, il faut le dire pratiquement la seule référence pour Tintin au pays des Soviets, était un livre intitulé " Moscou sans voile " où le régime communiste était critiqué sous tous ses angles. Il n'est pas inutile de rappeler que ce livre avait été écrit par un ancien consul de Belgique en Russie; la Belgique qui à l'époque comme toute l'Europe était fortement anticommuniste. Il y est dit que "ce régime monstrueux est une menace pour la civilisation car il impose un martyre au peuple russe au nom du communisme". Cet album fût considéré par certains comme la version illustrée du livre " Moscou sans voiles. On n'y trouve que des informations pour renforcer et entretenir les préjugés déjà bien encrés dans les têtes des jeunes européens: les communistes sont pauvres, coquins et terroristes. Rien de plus qu'un régime de terreur et de répression.

Tintin au Pays des Soviets - Page 78 case 1
Dès les premières pages, le souci de propager certaines de ces informations se fait déjà ressentir, même s'il est vrai qu'elle se fait d'une manière assez nuancée, et cela devrait se faire sans faille comme le disent les premières lignes "La direction du petit XXe certifie toutes ces photos rigoureusement authentiques celles-ci ayant été prises par Tintin lui-même, aide de son sympathique cabot Milou" De la même manière qu'il se perfectionne un peu plus tard au cours de sa carrière, les illustrations sont suffisantes pour faire passer les messages. Comme on désigne un caractéristique ou un trait particulier pour montrer aux enfants la différence entre les méchants et les bons, dans cet album les gens en tenu militaires sont des "méchants" qui essaient de tuer le héros Tintin. Les "méchants" sont dans la plupart des cas des Bolcheviques. Tintin qui représente l'européen est le défenseur du faible et de l'opprimé, adversaire résolu de toutes les formes de totalitarisme qui sauve les enfants affamés, victimes du régime communiste.
Aussi souvent qu'il est possible de le faire, Tintin dénonce le régime communiste, et les gens à qui ce régime est favorable. À chaque opportunité, Tintin affirme qu'avec les Bolcheviques en pouvoir, on ne peut s'attendre qu'à la misère et la famine. Que ce soit par la fameuse scène concernant les élections où les Bolcheviques, avec des fusils en main demande le peuple russe si quelqu'un osait voter contre le communisme, ou que ce soit par le scène des enfants en rang pour recevoir du pain,( ci dessous) le lecteur ne reçoit dans l'album entier que le message que le gouvernement communiste est corrompu, qu'il vole de son peuple et que le Guépéou repaire des personnages sinistres, primitifs, brutaux et obsédés de violence.

Tintin au pays des Soviets - Page 78 case 2

Tintin au pays des Soviets - Page 78 case 3

Tintin au pays des Soviets - Page 78 case 1
En le lisant, il n y a aucun doute que Tintin au pays des Soviets a des orientations politiques. Page après page, l'album est rempli d'illustrations choquantes des méfaits du système communiste. Bien que plus tard, on ait découvert qu'en effet l'album d'Hergé avait des fortes ressemblances avec la réalité, il était à priori écrit en quelque sorte comme un outil de propagande produit uniquement pour nourrir et maintenir les préjugés des jeunes lecteurs du "XXe Siècle".
Hergé regretterait toujours sa nativité vis- à vis cette époque. Il reconnaîtrait la création de cet album comme erreur de jeunesse fruit de l'immaturité. Quand les autres albums étaient réimprimés en version couleur par Casterman, Hergé refusa de retravailler cet album et il a même supprimé sa publication pour un bout de temps avant d'être persuadé de le réimprimer.
Si Tintin Au pays des Soviets fût décidé par l'abbé Wallez, il en resta de même pour Tintin au Congo.
"… la au moins on peut susciter des vocation coloniales"
Si Tintin chez les Soviets fût fortement inspiré par la vague d'anticommunisme qui régnait à l'époque, Tintin au Congo représentait quant à lui une publicité de l'empire colonial. L'attitude populaire à l'époque, était celle de justifier le fait de gouverner un peuple colonisé en le prononçant incapable et immature de s'autogouverner. Tintin au Congo représente donc une justification de l'impérialisme belge par un paternalisme naïf faisant des congolais un peuple stupide et fainéant.
Pour le cinquantième anniversaire de la découverte de Congo, les directeurs du XXe Siècle ont demandé à Hergé de faire l'illustration pour un article parlant justement de ça. Hergé a dessiné un père blanc devant un indigène agenouillé. Rien d'étonnant alors de trouver dans l'album du même titre un Tintin noyé dans les clichés colonialistes présentant une image largement inexacte de l'Afrique.
C'était en 1930, je ne connaissais de ce pays ce que les gens en racontaient à l'époque: les nègres sont de grands enfants....Heureusement pour eux que nous sommes là! etc. "Et je les ai dessiné d'après ces critères la dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l'époque en Belgique."
Le thème du colonisateur et du colonisé constitue un élément central de l'album où les noirs sont clairement incapables de se gouverner par eux même et se montrent presque toujours heureux et gracieux d'être gouvernés par le blanc civilisé qui se donne entièrement pour les "guider" et leur apprendre comment gérer leur propre vie. À cinq reprises durant l'album, les noirs s'agenouillent devant Tintin. P 24, 27, 28, 30 et 62. Même leurs paroles démontrent une soumission totale de leurs parts face au maître blanc.
"Toi y en a Blanc! Toi y en a accepter être grand chef des Babaoro'm"( p27)
"li Blanc li très juste! Li donne chacun la moitie du chapeau!"(p27)
"Li blanc est bon! Li grand sorcier! Li guéri mon mari! Li missié blanc li boula-matari!"

Tintin au Congo - Page 28 Case 5

Tintin au Congo - Page 30 Case 4 Tintin au Congo - Page 27 Case 5
"Toi y en a grand sorcier!… Toi y en a devenir roi des m'Hatouvou!"
"Toi y en a bon Blanc !…Toi y en a accepter être grand chef des Babaoro' m"
"Les m'Hatouvou sont des braves et le Blanc-qui-n'est-pas-atteint-par les flèches est leur rois!"
"À présent, moi être ton esclave, Ô Blanc généreux"
"..dire qu'en Europe, tous les petits blancs y en a être comme Tintin....."
Tintin au Congo - Page 20 Case 3 Tintin au Congo - Page 20 Case 4

Tintin au Congo - Page 20 Case 5
Tintin représente l'Européen civilisé confronté à la bêtise et l'idiotie des Africains. Par son oeuvre, Hergé essaie en effet de justifier les actions de la Belgique en tant que colonisateur suggérant qu'il est dans l'intérêt du colonise qu'il soit exclu des fonctions de direction et que les lourdes responsabilités soient réservées au colonisateur. Incapable même de parler correctement le Français, ça serait trop demander de s'attendre qu'ils peuvent vivre de façon indépendante des Belges.
D'ailleurs dans un système aussi primitif que le leur ils ont besoin d'être protégé d'eux-mêmes!
Si cela n'était pas suffisant, les noirs sont dépends comme des peureux, des ignorants et des superstitieux tandis que Tintin est courageux car il trouve de raisonnement dans chaque situation qui lui arrive démontrant le contraste entre les colonisé ou autrement dit les sauvages et le colonisateur et donc les civilisés. Tintin tue les animaux sans avoir peur (p24 cases 1-3) et ceci aide à renforcer l'aspect positif du système de colonisation achevant peut être l'effet que l'abbé cherchait à propager.
La parution de cet album tout du moins dans sa première édition ne causa au début aucune polémique ni controverse et pour cause, l'esprit de cet album est synchronisé avec l'air du temps. "C'était une époque ou tout le monde trouvait naturel qu'un pays eut des colonies.."
Quelques années plus tard pourtant, quand Hergé devait le publier en version couleur, il dût supprimer beaucoup de scènes et paroles ou tout du moins les changer surtout ceux qui cherchaient à promouvoir le colonialisme au moment où les mouvements d'indépendances étaient d'actualité. La passage de l'école ou Tintin remplace un enseignant malade a été parmi les premières a être modifiée. Toute allusion à la Belgique "votre patrie" a été remplacée par un cours d'arithmétique.
Plus jamais tomberait Hergé dans le même piège. Il enverrait Tintin à la destination de son choix assurant que son information était authentique et sans parti pris. Ainsi naîtrait le 5ième Album de Tintin Le Lotus Bleu.
Le Lotus Bleu est celui qui a été la cause de beaucoup de conversations échauffées et de controverse. Non seulement Hergé avait lui-même décidé de l'écrire, mais contrairement à ces albums précédents, il s'était aussi assuré qu'il avait sous la main des faits concrets et même, si les gens devaient critiquer cet album, cela ne serait pas parce que ce dernier était très éloigné de la réalité.
Pour pouvoir mieux analyser cet album, il faut d'abord comprendre les événements autour de sa parution. Le Lotus Bleu parût en octobre 1934 au moment où la guerre Sino-japonaise battait son plein. À La fin de Cigares du Pharaon, Tintin annonça qu'il irait en Chine prochainement. Ayant déjà découvert l'Afrique, l'Amérique et l'Europe, il était temps que Tintin élargisse ses horizons. Pourquoi ne pas découvrir l'Extrême-Orient ou plus précisément la Chine ?
Ayant déjà souffert aux mains des critiques pour certains de ses précédents albums notamment Tintin au Congo, Hergé avait été conseillé par l'Abbé Gosset, un aumônier à l'Université de Louvain de mieux s'informer avant d'entreprendre une telle tâche. Les critiques dépouilleraient son album pour y chercher des traces de paroles ou dessins maladroits ou même une petite indication de préjugés. Il fallait donc produire quelque chose de très précis qui ne donnerait aucune cause de se plaindre. Au même moment L'abbé Gosset lui présenta à un jeune chinois du nom de Tchang Tchong Jen qui était à l'époque étudiant des Beaux-arts à Bruxelles. À part d'apprendre à Hergé la calligraphie et les techniques de la peinture chinoise, ce dernier le mis aussi au courant des événements politiques et historiques qui venaient de se produire, notamment l'occupation de la Chine. Ces événements finiraient par être le thème principal du Lotus Bleu. Tchang sera lui-même un héros de cette histoire.
Hergé avait de la peine à croire ce que Tchang lui avait raconté. Comme la plupart des Européens, l'information d'Hergé à propos des Chinois était aussi précise que son information à propos des Congolais. Bref, il a été nourri jusqu'à ce point là des préjugés et de partis pris. Pas trop différent du moyen Européen. Hergé lui-même admit plus tard que l'information qu'il avait à propos des Chinois était ce qu'il avait lu dans les coupures de presse. Son ignorance de la culture chinoise se voyait concrètement d'ailleurs dans Les Soviets dans lequel Tintin se frotte à deux bourreaux chinois portant des nattes et encore dans Tintin en Amérique.


Tintin au Pays des Soviets - Page 71 Case 3, 4, 1
"Pour moi, jusqu'alors, la Chine était peuplée de vagues humanités aux yeux bridés de gens très cruels qui mangeaient des nids d'hirondelles portaient une natte et jetaient les petits enfants dans les rivières."

Le Lotus Bleu - Page 43 Case 4 - 13
Stupéfié par cette histoire, Hergé s'est donné la responsabilité d'être le porte-parole des Chinois qui jusqu'à maintenant avaient été traités d'une manière effroyable même par la Société des Nations qui, aurait du être neutre mais qui privilégiait le Japon. Il avait fait l'erreur de suivre encore l'opinion populaire concernant Union soviétique et Le Congo, mais il tomberait pas dans le même piège. C'était à lui de révéler la vraie Chine qui jusqu'à maintenant portait avec son nom "une accumulation de stéréotypes européens" Pas la Chine que la presse européenne montait. Il voulait peindre une image plus fidèle et réaliste en vainquant les préjuges. Son but comme il dit lui-même était de "montrer tout en racontant une histoire : la mainmise à l'époque des Japonais sur la Chine", et de faire "mieux connaître les Chinois"
On peut dire que sur ce point Hergé a réussi. Beaucoup d'historiens disent qu'il est possible d'étudier l'histoire de l'époque en se fondant presque uniquement sur cet album, tellement révélatrices et exactes sont ses cases en ce qui concerne chaque petit détail. Chaque lecture révèle de nouveaux secrets et des messages de propagande qui sont astucieusement déguises et intégrés dans une histoire superflue de la drogue faisant de l'album parmi les plus engagés que Hergé ait jamais écrit. Même plus que Tintin au pays des Soviets. Le Lotus Bleu est en effet une étude de la culture chinoise et celle des Japonais "méchants" "barbares" et "une bande d'escrocs." qui essayent sans cesse de laisser accroire aux européens et non une simple histoire de trafic de stupéfiants .
Un des éléments qui fait de cet album d'après certains un outil de propagande, est le fait qu'Hergé y a inclue des scènes inspirées de la réalité. Parmi ces scènes, l'ensemble des cases concernant le chemin de fer que les Japonais avaient explosé comme prétexte pour pénétrer en Chine est particulièrement frappant. Elles sont non seulement d'une exactitude rigoureuse 26 mais, ces cases qui, malgré le fait qu'elles aient provoquées énormément de critiques du coté des diplomates japonais à Bruxelles, se trouvent toujours dans la version modifiée de 62 pages qui a été publiée en 1946 (seulement une dizaine d'années après l'original ; à un moment où ces événements étaient au premier rang des débats ) Le fait qu'Hergé ait gardé quelque chose de " controverse " dans cet album tandis qu'il s'est efforcé de redessiner beaucoup de partis dans d'autres albums, qui eux aussi étaient la cible de critique, parle de lui-même. Ainsi sont les pages concernant les justifications des japonais et leur décision de se retirer du SDN d'une réalité incontestable. Hergé n'avait pas peur de prendre le contre-pied en montrant les japonais d'une manière négative, alors que tout le monde regardait les événements de cette manière. Personne ne pouvait critiquer cet album pour simplement vouloir attirer l'attention des ignorants et raconter des choses comme ils étaient vraiment. Au moins c'est ce qu'Hergé se disait. Les albums avant celui-ci étaient un peu bâclés et sans fondements alors que Le Lotus Bleu était " la vérité. " Un général belge lui dirait ainsi après la publication de la première de l'album: "ce n'est pas pour les enfants ce que vous racontez là……. C'est tout le problème de L'Est asiatique !!!"
Ailleurs dans l'album, ses messages sont un peu plus entrelacés dans les dessins. Ce qui n'est pas tout à fait évident d'un seul coup, se dévoilent en forme de propagande avec plusieurs lectures en prenant compte de l'histoire de l'époque. De plus, ces messages se trouvent normalement comme des panneaux en chinois devant une scène particulièrement échauffée entre un Chinois et soit un Japonais ou un Européen. (Un message en lui-même) Hergé voulait faire passer un message, et il allait le faire d'une manière assez flagrante avec des dessins, et juste au cas ou cela ne réussirait pas, avec des panneaux, d'une manière un peu plus subtile. Il est intéressant de voir que Hergé a profité de chaque occasion qui s'est présentée en distribuant des écritures chinoises invitant au boycott des produits japonais, attaquant l'impérialisme ou rappelant les préceptes de gouvernement de Sun Yat-sen ou comme il a fait à page cinq sous forme de proverbe tels que "posséder mille hectares de terrains ne vaut pas un petit métier sous votre toit" ( ci dessous).

Le Lotus Bleu - Page 5 Case 9
"Condamné à mort pour s'être opposé à l'armée japonaise" (carcan) ( partie rouge)

Le Lotus Bleu - Page 37 Case 6
En même temps, Hergé voulait aussi exposer les Européens qui, non seulement regardaient sans intervention mais qui, en plus de cela fermaient les yeux devant ce qui se produisait sous leur nez prononçant les Chinois coupables sans preuve. Cela est incorporé d'une manière très efficace dans l'album. Les Dupondt représentent d'une part les Européens en général, qui sont prêts à tout croire aveuglement, et d'autre part l'Union des Nations Unis qui ne voit les choses que du coté des Japonais. Ce qui est aussi très pertinent et en même temps très ingénieux de la part d'Hergé, est sa manière de vêtir les deux hommes qui sont habillés exactement comme on percevait les Chinois : avec des nattes démontrant leur cruauté. Cela s'accorde aussi presque exactement avec l'image que Hergé s'était faite lui-même des Chinois.
Si cela n'était pas suffisant, il attaque les Japonais, les Britanniques et les Américains avec son talent artistique. Physiquement, les Japonais dans cet album sont dessinés laids avec des dents carrées et des jambes très courtes. Côté caractère, ils sont sans scrupules et militaristes. Le dessin de Gibbons ( l'American) n'est guère plus flattant.
Comme dans la plupart de ses albums, tous les vilains sont donnés des noms anglais! Cet album a marque une étape importante dans sa vie, non seulement était-il populaire chez les lecteurs du "XXe Siècle", il a même aidé la cause chinoise et a réussi a mettre au courant les enfants autant que les adultes sur la situation en Chine.
S'il y une chose qu'Hergé a perfectionné au long de sa carrière, c'était l'usage des métaphores pour donner une certaine ambiguïté a son travail laissant ainsi le lecteur interpréter chaque album à sa propre manière. Cela n'empêche pas son message ( s'il y en avait un) de se faire comprendre. L'album qui marque cette transition de dessiner des événements comme ils étaient en gardant les propres noms des endroits et races et de les remplacer en utilisant les métaphores est L'île noire, et cela continue de se voir dans Le Sceptre d'Ottokar et les albums qui suivent d'une manière plus raffinée. Cet album marque aussi une étape dans l'œuvre d'Hergé grâce à la qualité supérieure non seulement du récit mais aussi grâce à son ingéniosité de pouvoir créer un pays fictif avec sa propre langue à elle. Cet album peut facilement être oublié de sa liste des albums politiquement engagés si on ne lit pas entre les lignes.
Pour les lecteurs d'aujourd'hui, l'histoire racontée dans Le Sceptre d'Ottokar a de fort ressemblances aux événements qui ont eu lieux relativement récemment notamment l'annexion du Kuwait. Pour les lecteurs de 1938 quand cet album fût publié la première fois, l'histoire était étrangement semblable jusqu`au plus petit détail aux événements de l'Anschluss de l'Autriche qui venait de se produire quelques mois auparavant. Dans cet album, la Bordurie toute puissante gouvernée par un dictateur du nom de Müsstler, (à y regarder par deux fois, on voit le lien entre ce nom et la contraction de ceux d'Hitler et de Mussolini ) qui tente d'annexer la Syldavie. Toute l'information dans cet album y compris l'uniforme des bordures (les habitants de la Bordurie) et leurs avions nous porte à croire que la Bordurie représente l'Allemagne et les bordures représentent presque sans doute les Nazis. Même les méthodes sont pareilles à celles utilisées par le Chancelier du Reich surtout celle de prise la du pouvoir. Les similarités ne peuvent absolument pas être un pur coïncidence. Les soldats à la frontière bordure sont armés de fusils Mauser. Leurs ceintures à cartouchières et leurs baudriers sont ceux de la Wehrmacht de Hitler. Ainsi, la Syldavie représente à la fois la Pologne et l'Autriche ; les deux la cible de l'Allemagne et son désir de l'expansion de son empire. La Syldavie dans l'album a été envahi par la Bordurie à plusieurs reprises comme a fait l'Allemagne avec la Pologne à maintes reprises.

Le Sceptre d'Ottokar - Page 32 Case 4, 5
Si Le lotus Bleu était la dénonciation de l'impérialisme japonaise, Le Sceptre d'Ottokar est une dénonciation de l'expansionnisme hitlérien et toute autre sorte d'impérialisme.
Hergé voulait garder ses distances au moment de raconter son histoire. Mais en plus, il ne voulait pas trop s'impliquer. Au moment de l'occupation, toute publication était soumise à une censure rigoureuse et il est ce dont Hergé avait peur au moment d'écrire Le Sceptre d'Ottokar. Les deux pays fictifs lui ont fourni un moyen d'apprendre aux enfants ce qui se produisait autour d'eux sans donner aux nazi l'occasion de le mettre en prison.
Au moment de la parution de L'Etoile Mystérieuse, le style d'Hergé voit une deuxième évolution. Au lieu de consacrer tout un livre aux événements ou cours de la politique, Hergé change un peu son technique. En Belgique occupée tout autant qu'en Belgique qui attendait le déclenchement de guerre, Hergé commença à choisir des thèmes qui faisait semblant d'être aussi éloignés du quotidien que possible. Sinon, il risquait de tomber sous les coups de censure. Quoi de plus éloigné de la réalité que la recherche d'un aérolithe ? Pourtant ce récit d'apparence purement apolitique est loin d'être cela. Les premières pages avertissent le lecteur attentif qu'il s'agit en effet d'une description de la guerre.
L'histoire se déroule ainsi : Tintin voit une étoile filante qui apparaît inoffensive mais qui se révèle comme une menace quand elle se dirige vers la terre annonçant l'imminent fin du monde.

L'Etoile Mystérieuse - Page 5 Cases 11, 12

L'Etoile Mystérieuse - Page 6 Cases 11
En automne de l'année que cet album a paru la première fois, l'Europe était ébranlée par le même sentiment qui se voit dans les cases dessus à l'égard de la guerre. Les rats qui sortent des égouts pris de panique servent à démontrer la fuite des gens a fin d'éviter les zones de guerre.
Est qu'il est par simple coïncidence qu'il y autant de points qui sont parallèles avec la réalité dans l'œuvre d'Hergé? Son œuvre est sans doute politiquement engagée, prenant un point de vue précis mais comme il affirme lui-même, Hergé s'identifiait avec le Capitaine Hadock un solitaire toujours à la recherche d'une vie tranquille loin des chanteuses d'opéra et des vendeurs d'assurance. Cela nous montre que son but n'était pas en effet de jouer un rôle politique même s'il lui arrivait de le faire. Sa naïveté, son ambition et son talent artistique ont fait de lui peut être une cible facile pour son entourage. Quant à Hergé même, il voulait à travers son héros Tintin, lutter contre les injustices du monde mais de dire qu'il voulait influencer les jeunes…… ?
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